Cultiver la solidarité dès le plus jeune âge
Au-delà de la portée symbolique, ce sont des graines que les colons illégaux en Cisjordanie ne pourront ni voler ni détruire, et qui seront plus tard renvoyées aux agriculteurs.
L’une des valeurs que nous plaçons au cœur de la Fraternité est la solidarité, qu’elle s’exerce dans notre quartier, dans notre ville ou au-delà des frontières. Le Jardin de la Fraternité ne se veut ni un espace vecteur de gentrification, ni uniquement un lieu de production : c’est avant tout un espace ressource, en lien direct avec l’ensemble de nos autres activités.
Cet été, nos parcelles dédiées au jardin sec, adaptées aux changements climatiques, ont été touchées par un incendie. Les toilettes sèches que Jean-Luc avait réalisées, ornées de vitraux, ont hélas été réduites en cendres. Nous sommes tristes, mais il va falloir apprendre à vivre de plus en plus avec ce type d’événements.
Lorsque les classes de l’école Cadenas et de l’école Nationale viennent au jardin, nous parlons des incendies et de la manière d’adapter nos pratiques dans un contexte où ceux-ci seront de plus en plus fréquents. Les enfants apprennent ainsi à semer et à bouturer, non seulement pour revégétaliser nos jardins, mais aussi pour offrir une partie de ces plants aux personnes sinistrées par les incendies du 8 juillet dans le 16ᵉ arrondissement de Marseille.
Bryan est parti cet automne en Cisjordanie, où il a rencontré plusieurs agriculteurs et agricultrices palestinien·nes. Peu avant son arrivée, les banques de graines de l’UAWC, syndicat agricole palestinien, avaient été attaquées par des colons. La production agricole y est menacée en permanence, au même titre que les habitations. Les agriculteurs et agricultrices ont offert des plantes et des graines locales afin que nous les cultivions à Marseille.
Avec les enfants, nous allons semer ces graines et les multiplier. En plus d’aborder les notions de reproduction végétale et de semences paysannes, nous contribuerons à préserver des lignées issues d’une sélection génétique menée sur de nombreuses générations. Au-delà de la portée symbolique, ce sont des graines que les colons illégaux en Cisjordanie ne pourront ni voler ni détruire, et qui seront plus tard renvoyées aux agriculteurs et agricultrices.
Ainsi, à travers des ateliers de jardinage en apparence classiques, les enfants découvrent, évoquent et participent pleinement à la solidarité, dans nos quartiers comme à l’échelle du monde.
Pierre Ciavarella